Directeur Artistique du Festival Gabao qui est à sa 8e édition, Jules Kamdem est un habitué des grands spectacles. Comme partout ailleurs, il organise avec la structure Afrik'Aktion des événements pour valoriser la musique africaine. Il a répondu à nos questions sur la dimension artistique de cet grand rassemblement qui aura lieu dans la capitale gabonaise.
Gabon Hits : Peut-on considérer le festival Gabao comme les événements culturels organisés dans d’autres pays africains ?
Jules Kamdem : Effectivement, on ne va nullement chercher à se positionner au-dessus. Les autres événements ont leur degré de notoriété tout comme ce que nous faisons. La différence se situe au niveau de l'organisation et de la dimension que l'on veut donner à ce que l'on fait. Chacun à sa vision des chose et tente de la réaliser en fonction de ses ambitions.
G.H : Quelle est la particularité de cette 8e édition ?
J.K : D’une manière générale on reste sur la même dynamique que les autres éditions, c’est-à-dire une grande influence des courants tel que le jazz et le reggae francophone comme nous l'avons connu avec Richard Bona, Fez City Clan (Maroc), Kery James de France l'an dernier . Il y aura des artistes internationaux qui prendront part à cet événement et nous sommes ravis du respect que les institutions accordent à cette manifestation.
G.H : A chaque édition il y a un prix Gabao, à quoi renvoi t-il, de quoi s’agit-il ?
J.K : Nous l’avons initié depuis 2 ans déjà mais c’est l’an dernier qu’il a réellement été expérimenté. Pour cette année la sélection à été faite et nous connaissons déjà les participants dans chaque pays qui seront représentés. C'est un prix qui porte le nom du Festival et il est attribué au vainqueur des finalistes.
G.H : Pourquoi avoir choisi deux villes, Libreville et Port-Gentil pour les manifestations ?
J.K : Libreville et Port-Gentil sont les premières grandes villes du pays. Au départ tout se faisait à Libreville mais il y a eu une forte demande du coté de la capitale économique du Gabon. Nous avons remarqué un grand potentiel artistique à Port-Gentil et nous nous sommes dit pourquoi ne pas organiser une partie du festival dans cette ville. Il est vrai que nous y avons pensé, mais vu les moyens financiers que cela nécessite et que nous ne disposons pas, nous avons préféré organiser le festival exclusivement à Libreville pour cette édition. Certainement lors des prochaines éditions nous verrons comment emmener nos partenaires à investir plus de moyens pour que les artistes de Port-Gentil soient honorés.
G.H : Quel est le traitement réservé aux artistes gabonais ?
J.K : Étant donné que c’est un événement continental, voire même international, les artistes gabonais seront traités au même pied d’égalité que les autres artistes venus d’ailleurs. Ce que je peux dire c’est qu’il y aura une forte présence des artistes gabonais durant le festival, surtout lors des scènes découvertes où il sera question de montrer à quoi ressemble le paysage musical gabonais. il y aura donc une forte mobilité des artistes qui sont dans l'ombre et qui prendront part au festival. C'est du moins ce que nous pouvons faire pour faire participer le plus grand nombre.
G.H : Après 8 éditions, peut-on dire que la culture musicale gabonaise est bien connue à travers le monde ?
J.K : Cela fait 3 ans que nous avons commencé à réunir aussi bien les artistes gabonais qu’africains. Ce rassemblement à permis non seulement de faire connaitre la musique africaine en général, mais la musique gabonaise en particulier. Pour notre part, nous avons quand même contribué et nous espérons le faire aussi longtemps que nous le pouvons, faire découvrir la richesse de la culture musicale du Gabon.
G.H : Au Gabon, les jeunes ont actuellement adopté un genre de danse particulier. Le Jazzé, le Bolô et l’Oriengo seront-ils mis en évidence ?
J.K : Pour cette 8e édition, nous avons prévu organisé un concours de Jazzé qui va s’étendre tout au long du festival. Les participants à ce concours se verront être primés afin de montrer à la face du monde que les jeunes gabonais ont les capacités de création. C'est donc un concours qui sera ouvert à tous ceux qui sont intéressés par la danse du Jazzé, tous ceux qui veulent propulser la culture urbaine au plus haut niveau.
G.H : Comment reconnaitre les groupes gabonais, c’est-à-dire quelle est l’identité culturelle du Gabon en matière de musique urbaine ?
J.K : En réalité en matière de musique urbaine, il n’y pas de particularité. Que l''on soit au Bénin, au Cameroun, en Côte-d'Ivoire et j'en passe, tout ce qui se fait au Gabon se fait dans les autres pays du continent. Ce que nous avons prévu, c’est que l’animateur va annoncer l’entrée sur scène des groupes et des artistes en citant leur nom et leur pays d’origine. Je crois que c'est à partir de ce moment qu'on pourra reconnaitre les artistes gabonais.
G.H : La musique africaine à travers la culture urbaine a-t-elle une place sur l’échiquier mondial ?
J.K : Il est pour moi difficile de placer sur une échelle la place qu’occupe l’Afrique sur le plan musical. Mais je sais que les artistes qui ont émergé sont peu, donc il reste encore beaucoup d’effort à fournir. Le combat est certes compliqué, heureusement qu’il y a certains qui y parviennent et ça rassure. Pour notre part nous faisons tout pour qu'il y ait plus d'africains dans les scènes afin de laisser entendre leur voix.
G.H : Jusqu’où va l’encadrement des artistes ou groupes sélectionnés lors du festival ?
J.K : En effet, il est prévu que nous puissions soutenir quelques groupes ou artistes au sortir de l’événement. Mais pour le faire, il nous faut des moyens financiers, cela nous permet d’aller jusqu’au bout. Vous savez, c’est grâce à la contribution des sponsors et de nos partenaires que nous pouvons réaliser tout cela. On peut bien envoyer les artistes en studio et à travers notre réseau on peut contacter des promoteurs ou des producteurs dans le monde. Mais si nous n’avons pas des moyens, ce n’est pas évident que l’on puisse même organiser une tournée d’artiste et ce sera dommage car on n’aura pas eu les moyens de notre politique.
G.H : Peut-on dire que tout est fin prêt pour que l’événement ait lieu ?
J.K : C’est vrai que la pression est là mais ça va. Malgré quelques manquements que nous comptons remédier d’ici peu, nous pouvons dire que les choses sont prêtes. Le festival GABAO sera organisé à Libreville du 24 juin au 3 juillet 2010. Et par cette occasion, nous tenons à remercier le public qui nous a toujours soutenus et qui y adhère. C’est pourquoi nous interpelons les pouvoirs publics pour que cette manifestation soit pérenne et qu’ils continuent de nous soutenir.
G.H: Merci Jules pour ces explications et nous vous souhaitons bonne continuation
J.K : C'est moi qui vous remercie
Propos recueillis par Walter IDIBOUANGOYE
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