Auteur du maxi « Mbiss Miti » sorti en 2007 et de l’album « Métiani » en 2011, l’artiste gabonaise Tita Nzebi récemment de passage à Libreville au Gabon est notre invitée du mois. Avec elle, nous parlons de sa carrière et de l’actualité qui tourne autour de celle qui fut une grande artisane du groupe gabonais « Ngumi » crée au début de la décennie 1996.
Gabonhits : Tita Nzebi, bonjour ! Parlez nous de vous ?
Bonjour Gabonhits, bonjour à vous tous qui lisez cet échange. Je suis née et j’ai grandi à M’bigou au sud du Gabon, je suis la 8e d’une famille de 9 enfants, famille au sens restreint du terme car en Afrique les liens familiaux sont beaucoup plus étendus. Je suis donc, de façon plus large, la fille, la sœur, la petite-fille, la mère, la grand-mère de beaucoup de personnes. Je suis chanteuse. Après des cours de musique au Collège Notre Dame de Quaben de Libreville avec Monsieur Yves Henri Mbeng Ndong en 1995, j’intègre le groupe Mouyanga qui faisait du chant traditionnel Nzebi. Avec certains membres de ce groupe dont Muna Panja que vous citez justement, nous avons créé Ngumi en 1996 si mes souvenirs sont bons. Grâce à l’encadrement de Monsieur Sam Mapindi Tsoumbou et au soutien de Monsieur Jean Rémy Pendi Bouyiki, Ngumi sortira fin 1999 l’album Huguette LEKAT de Ngumi dans la danse L’Ngwala. Cet album fera connaître au Gabon la danse L’Ngwala, inconnue du grand public jusque là. Le travail sur L’Ngwala, entre autres, n’a été que la continuité de ce que nous faisions déjà à Mouyanga. Nous sommes donc tous fières, à Ngumi et Muyanga, de voir L’Ngwala prendre de l’ampleur sur le plan national. Merci à tous.
Gabonhits : Pourquoi ce changement d’identité ? Car vous partez d’Huguette Lekat à Tita Nzebi aujourd’hui.
Ce n’est pas vraiment un changement d’identité. Ma famille m’appelle Tita depuis mon enfance et Nzebi, parce qu’au tout début de ma carrière solo, comme beaucoup d’artistes de par le monde, je me suis créé un compte sur le site myspace avec pour pseudonyme Tita, mon petit nom d’enfance. Il s’est trouvé que ce pseudonyme était déjà utilisé, alors pour me différencier des autres ou de l’autre, j’ai adjoint Nzebi à Tita, le nom de mon ethnie me disant que sur Myspace il y avait beaucoup de chances de ne trouver qu’une Tita d’ethnie Nzebi, moi. Et, effectivement il n’y avait pas d’autre Tita Nzebi, j’ai pu ouvrir ma page et par la suite j’ai gardé Tita Nzebi comme nom d’artiste.
Gabonhits : Parlez nous de votre nouvel opus. Allant de l’enregistrement aux principales difficultés rencontrées jusqu’à sa sortie finale ?
Ce nouvel album, METIANI, est le fruit de 10 ans de travail et de rencontres. Lorsque je suis partie du Gabon en novembre 1998 pour suivre mes études universitaires à Paris, je ne pensais pas du tout continuer mon aventure musicale. En tant que membre de Mouyanga puis de Ngumi, je n’étais qu’un maillon d’une chaîne plus grande que moi et ce, malgré mon rôle de chanteuse lead à Ngumi. En plus, la chaîne Ngumi était encadrée de main de maître par Sam Mapindi Tsoumbou, qui composait la plupart de nos chansons et nous apprenait à chanter. Sans Sam et sans le groupe, faire de la musique me semblait impossible.
Mais, peu de temps après mon arrivée à Paris j’ai commencé à composer des chansons, à écrire des textes. Tout à fait par hasard j’ai rencontré des musiciens avec qui j’ai commencé à travailler, à enregistrer mes premières maquettes. Le premier public fut mes amis parisiens. Ils trouvèrent ma musique intéressante et ce malgré la barrière de la langue. De fil en aiguille je fis mes premiers pas sur de toutes petites scènes parisiennes (cafés, bar, restaurants) parfois dans des lieux quasiment vides, 2, 3 personnes. C’est le public rencontré dans ces lieux qui m’a aidé à étoffer mon projet par des conseils, des critiques constructives et des contacts.
Manu Dibango sera le premier à diffuser Tita Nzebi sur un média, Africa N°1. C’était en juin 2007 dans sa propre émission. A l’époque c’était juste une maquette enregistrée avec les moyens du bord que mon amie Francine Rashiwa lui avait donné. Le projet lui semblait intéressant d’où sa décision de le diffuser et de parler de moi à l’antenne sans me connaître personnellement. Puis viendra la rencontre avec Sec Bidens qui acceptera de réaliser Mbiss Miti en respectant le travail d’Elias, mon guitariste, et moi. A aucun moment Sec n’a essayé de nous imposer son expérience. Sa démarche consistait juste à sortir le meilleur de notre musique. Mbiss Miti n’est sorti dans aucun bac, n’a bénéficié d’aucune promotion, nous le vendions lors de nos concerts, toujours sur ces toutes petites scènes à Paris mais, grâce aux rencontres nouées lors de ces concerts ce maxi a eu une visibilité inespérée. Africa N°1, Radio Nova, France Ô (émission Ô quotidien et JT), JT TV5 Monde, RTG pour ne citer que ces médias.
Métiani c’est la suite logique de tout ce travail, le fruit de toutes ces rencontres. Il compte 14 titres, 10 nouveaux et 4 titres tirés de M’biss Miti. Il a été enregistré entre Paris et Libreville et a nécessité quasiment une année de travail. Une année pendant laquelle j’ai été absente des scènes pour consacrer tout mon temps à la réalisation de cet album. Pour l’instant il n’est disponible qu’à Libreville. J’ai voulu que cet album sorte d’abord dans mon pays. Je suis actuellement en train de travailler sur sa sortie physique en France et j’espère le sortir dans d’autres pays. Il sera aussi disponible sur la toile.
Gabonhits : Comment se sont noués les contacts avec toutes les personnes qui ont collaboré à la réalisation de « Métiani » ?
Un peu par hasard comme je l’expliquais plus haut et grâce aux scènes. Métiani, comme M’biss Miti, a d’abord été jaugé devant le public, en live, à petite échelle, avant d’être enregistré. Mon collaborateur le plus ancien c’est Elias O’Regan, mon guitariste depuis 2006. Avant lui j’ai travaillé avec d’autres musiciens de façon un peu éphémère. Elias c’est le rescapé des séparations artistiques que j’ai eu jusqu’ici. Il m’a accompagnée sur toutes les scènes sauf quand je faisais des prestations a cappella bien sûr. On a fait beaucoup de scènes à deux, guitare/voix et on en fera encore.
Puis il y a eu la rencontre avec Leny Bidens notre bassiste et Jimmy Mbonda notre percussionniste, rencontrés via Sec Bidens lors de l’enregistrement de Mbiss Miti. Ces trois musiciens participent en priorité à tous mes projets et ce sont eux qui m’accompagnent en priorité sur scène. Puis il y a les membres de ce qu’on peut appeler mon équipe technique Serge Guelon (Serial P) et Romain Ghez, les deux ingénieurs du son. Avec Sec Bidens, ces 5 personnes constituent le premier cercle de ceux qui ont collaboré à la réalisation de Métiani. Les autres personnes ont été contactées par Sec Bidens lors de la réalisation de M’biss Miti et par Serge Guelon qui a réalisé Métiani. .
Serge a à son actif plus de 20 ans de carrière, il a sonorisé de très grands concerts un peu partout dans le monde. Il a donc travaillé avec des musiciens parmi les plus grands. Je trouvais déjà extraordinaire de l’avoir comme ingénieur du son sur mes petits concerts. Pour la réalisation de Métiani il n’a pas hésité à contacter des musiciens de renom. Pêle-mêle, Paco Séry, l’un des plus grands batteurs au monde, il a joué avec les plus grands (Manu Dibango, Nina Simone, Marvin Gay, Madona, Kassav, Ray Lema, Eddy Louiss, Salif Kéita…), Richacha, le batteur des Wailers, Touré Kunda, Luciano artiste Jamaïcain mondialement connu pour ne citer que quelques noms. La liste de tous les musiciens est consultable dans le livret de l’album.
Enfin, l’équipe gabonaise. D’abord Sam Mapindi Tsoumbou évoqué plus haut. Il a dirigé les séances d’enregistrement des chœurs à Libreville et il a contacté pour moi Joël Ze, un clavier bien connu dans le milieu musical gabonais. J’ai moi-même recruté les choristes puisque ce sont … mes nièces ! Pour cet album je voulais des voix typiques et musicalement neutres. Mes filles (comme on dirait en Afrique) ont donc vécu leur première aventure studio. Au début elles ont eu peur, impressionnées par Sam, Serge et le niveau des musiciens sur l’album, mais elles ont été à la hauteur.Voilà brièvement pour les collaborations sur Métiani
Gabonhits : Qu’est ce qui fait l’originalité de cet album « Métiani » que vous proposez aux mélomanes ?
Je ne sais pas si on peut parler d’originalité car ma démarche artistique a déjà été entreprise par d’autres, longtemps avant moi. C’est une musique traditionnelle venue d’Afrique qui va à la rencontre d’autres cultures notamment celles dites modernes. Seulement, dans mon cas, il s’agit de la musique Gabonaise, Nzebi. L’originalité par rapport à d’autres albums du même type, vient certainement de la langue et des rythmes. Toutes les personnes qui ont travaillé sur cet album, en dehors de l’équipe du Gabon, ont découvert cette musique à travers moi.
Qu’est-ce qui fait l’originalité de cet album ? Je laisse à d’autres le soin de répondre précisément à cette question. En revanche je peux vous affirmer que tout le monde a travaillé très sérieusement sur chaque titre et, les photographes et infographes ont fait du beau boulot pour la pochette. Je crois sincèrement que c’est un très bel album.
Gabonhits : On remarque que Tita Nzebi aborde beaucoup de problèmes de société. Êtes-vous mélancolique ?
On m’a souvent parlé de cette mélancolie qui caractériserait ma musique. Faut-il être mélancolique pour se sentir concerné(e) par les problèmes de sociétés ? Je viens de prendre quelques minutes pour regarder dans le dictionnaire ce qu’est précisément la mélancolie. L’Encyclopédie la qualifie ainsi: « Humeur noire qui était supposée venir de la rate et à laquelle on attribuait l’hypocondrie. Etat dépressif aigu, caractérisé par un sentiment de douleur morale intense, une inhibition psychomotrice, des idées délirantes et une tendance au suicide. Tristesse vague, sans cause définie, souvent accompagnée de rêverie… »
Après avoir pris connaissance de tout ça, je me rends compte que je ne suis pas du tout mélancolique à moins qu’un médecin ne prouve le contraire. Il y a cette phrase de l’Encyclopédie « Tristesse vague, sans cause définie, souvent accompagnée de rêverie » que j’ai envie d’opposer à celle de votre question : « Tita Nzebi aborde beaucoup de problèmes de société » car effectivement, j’aborde des problèmes de sociétés qui pour moi sont des problèmes concrets auxquels ont peut trouver des solutions concrètes avec un peu de bonne volonté.
Dans certaines chansons je traite effectivement de choses qui me rendent triste. Mais il ne s’agit pas de tristesse vague sans cause définie. Je suis triste pour des raisons bien précises : l’exploitation des enfants, la perte de nos cultures africaines et partant de nos identités, la mauvaise gestion de nos pays par nos classes dirigeantes, le pouvoir de l’argent qui peut parfois être destructeur mais heureusement que l’argent peut aider à construire si on veut bien, je dénonce l’intolérance….
Il serait peut-être difficile pour un gérant de boîte de nuit de faire tourner son affaire avec ma musique, cela ajoute certainement à ce côté dit mélancolique mais n’importe qui, à mon avis peut se sentir concerné par les sujets abordés dans mes chansons parce qu’effectivement ce sont des problèmes de sociétés, des préoccupations d’Humains.
Gabonhits : Nous savons que vous avez fait la levée des rideaux lors du concert de l’artiste gabonaise, Annie Flore Batchellylis à l’Olympia en 2008. Parlez nous un peu de cette expérience.
C’est inexact. J’étais à l’Olympia mais dans le public.
Gabonhits : Quels sont vos projets pour le reste de votre carrière solo qui a débuté depuis la sortie du maxi « Mbiss Miti » ?
Dans l’immédiat il me faut sortir Métiani en France et peut-être dans d’autres pays, le mettre en ligne. J’ai moi-même créé ma boîte de production, BIBAKA. En l’absence d’autres partenaires je vais encore continuer à porter ce projet du mieux que je pourrai. Il me faut trouver un tourneur pour pouvoir faire plus de scènes. Je souhaite vivement faire une tournée gabonaise. J’ai des projets plein la tête mais pas encore de partenaires. Pour l’instant je suis une artiste en développement dont le lancement nécessite pas mal de moyens. En France tout le monde parle de l’effondrement des ventes d’album dû aux effets conjugués de la crise et des téléchargements illégaux, en Afrique le manque des droits d’auteurs dans beaucoup de pays comme le nôtre, la piraterie, n’encouragent pas la production d’œuvres musicales. Les artistes sont donc obligés de redoubler d’effort pour exister par eux-mêmes, ce qui n’est pas évident.
J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir faire un album de cette qualité mais il me reste encore pas mal de combats à mener. J’ai encore de l’énergie à revendre donc… même pas peur ! Comme diraient les enfants ici.C’est l’occasion de remercier encore une fois le public et les médias du Gabon qui ont si bien reçu cet album, voilà une raison de plus pour ne pas baisser les bras. Quand je serai fatiguée de me battre pour ce projet, pour ma carrière, je le dirai honnêtement mais pour l’instant, je suis au front et c’est vivifiant.
Gabonhits : Tita Nzebi merci nous avoir accordé cette entrevue. Un mot pour ceux qui aiment ce que vous faite.
Merci à vous pour l’intérêt que vous me portez, sincèrement. Un mot à tout ceux qui aiment ce que je fais : Merci, infiniment, Merci.
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